La nouvelle question de l’Orient

1.La question de l’islam  et la place centrale qu’elle revêt aujourd’hui dans différents contextes occidentaux, est largement reçue au Sud comme l’expression des variations de l’opinion publique des sociétés du Nord, des humeurs changeantes de leurs individus. Sous la pression de la crise, les difficiles conditions de vie économique, sociale, psychologique, peut-être morale, nombre d’occidentaux s’en prennent à tout ce qui se présente sous des auspices islamiques. On peut être tenté de l’identifier sous des expressions diverses : « la nouvelle question de l’Orient », ou des « ex-peuples coloniaux », par référence à la proximité aux sociétés capitalistes avancées ou tout simplement par référence à la vieille question juive..  

La situation économique, l’état de frustration et d’insatisfaction multidimensionnelle, les crises, font leurs effets, aidés aussi par le travail des acteurs politiques, fortement impliqués dans des enjeux électoraux. Les sociétés occidentales semblent prêtes à faire porter la responsabilité aux étrangers en tout, en termes d’identité, de culture, de protection sociale, de commodités de la vie quotidienne, d’esthétique… Tout se focalise sur le responsable islamique, nouvel ennemi extérieur, source de problèmes, de menaces, d’insécurités, d’incertitudes…

Cette animosité se décline à travers les formes dominantes des populismes occidentaux, leurs figures changeantes d’un pays à l’autre, et selon l’articulation propre à chaque pays entre problèmes économiques et sociaux, islam, immigration, voire terrorisme…

Ces tendances s’affirment, structurent désormais les paysages occidentaux, non seulement sur le plan politique, mais aussi sur le plan social, économique, culturel, quotidien..

2. Comment expliquer aussi ce statut de la question islamique? Deux tendances contradictoires sont à relever dans les représentations de nombre d’analystes du sud:

-Ainsi la résurgence de la question islamique est aussi quelque fois reliée aux difficultés que connaîtrait le projet européen. Cette émergence pourrait paraître liée à la prédominance de l’intergouvernemental, à un certain retour des nationalismes européen, une mise en avant de ces nationalismes, une certaine dé-communautarisation, déseuropéanisation avec comme effets collatéraux ou frontaux, l’émergence avec force de cette nouvelle version de la question juive des temps actuels..Dans ce contexte, l’islam et ceux qui sont derrière, toutes origines ethniques confondues, deviennent des victimes naturelles des évolutions contrariées…

D’un autre point de vue, certains observateurs du sud considèrent que l’identité européenne, s’affirme tant bien que mal, et nécessiterait du coup l’existence d’ennemis. Un élément de construction de l’identité européenne serait précisément la démarcation par rapport à l’islam. L’animosité croissante vis-à-vis de l’islam apparaît comme une question de perspective à la mesure du l’édifice européen global en voie d’affirmation, d’autant plus que l’islam semble parcouru par une dynamique interne remarquable au cours des dernières années. Il est clair que la chute d’influence, l’effondrement de plusieurs religions contraste avec le dynamisme religieux dont a fait preuve l’islam au cours de la dernière phase et la nature des messages dont il est porteur.

3. Une autre idée semble également fort répandue au sud: nombre de musulmans parlent d’un complot contre l’islam. Il s’agit de visions populaires largement diffusées au sud. L’occident est mue par une animosité culturelle profonde, durable, dont la structuration est exacerbée par le cortège des problèmes liés à l’immigration..L’islam est visé par un vaste complot visant à le discréditer..

4.Dans les visions des élites, des recoupements avec les visions populaires peuvent être effectuées :

-Tantôt elles développent la conviction de l’existence d’un complot, d’ une animosité irréductible de l’occident vis-à-vis de la foi musulmane.

-Tantôt elles considèrent que les sociétés occidentales identifient les problèmes des sociétés musulmanes, les utilisent ou les manipulent comme base de leur action de projection de puissance. Ils peuvent même proposer en conséquence des démarches plus ou moins réformistes.

-Tantôt ils attribuent les maux les perceptions négatives à l’ignorance, à la méconnaissance, à des incompréhensions, ou à des écarts ou décalages de conscience..

En conséquence, au stade particulier de la maturation du processus de perceptions mutuelles, des condamnations ont lieu, des défis sont relevés, des responsabilités sont recherchées..

5. La question islamique se rattache directement à celle de l’immigration et ce qu’elle provoque dans des cercles sociaux significatifs au sein des sociétés occidentales : l’échec des politiques d’immigration, leur absence,  inadéquation, indétermination, le désordre de ces politiques..En général, est relevée la méconnaissance des effets de certaines politiques dans ce domaine dans les phénomènes de radicalisation, des poussées d’extrémisme. Au-delà des explications unilatérales, le djihadisme ne tient pas à l’essence de l’islam, mais semble s’affirmer par rapport à un faisceau de comportements inventoriés par des musulmans comme injustes, humiliants… Il est évident que certaines manifestations ou présences monstrueuses de l’islam en Europe tiennent autant aux défaillances des gestions des pays d’accueil qu’à celle des pays d’origine..

 6. Plusieurs réponses sont apportées. Certains n’hésitent pas à lever le mot d’ordre de recours à des formes de djihads.. Dans ce contexte aussi, le mot d’ordre de réforme de la religion a pris son envol, et des démarches réformistes de teneur variable ont été  élaborées..

7. Dans les analyses les plus raffinées, comme par exemple celle soutenant la nature  irrationnelle de l’ islam  diverses thèses sont développées : elles varient entre l’inaptitude de l’islam à la démocratie, la prédominance de l’ islamo-fascisme, une certaine façon de déracialiser la question de l’Autre, ou de l’essentialiser (en le considérant comme incompatible avec la raison, la démocratie..), en s’adonnant à une culturalisation à l’extrême de la problématique…

                                                                              Abdallah Saaf

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