Au cours des quelques dernières années, le monde arabe a connu une vague de réformes, de différentes natures, d’envergure variable, et dans divers secteurs de la vie politique. Elles ont concerné aussi bien la dimension politique, institutionnelle, les règles du jeu politique, la configuration du paysage politique, les acteurs politiques, les processus électoraux..
Il s’impose aujourd’hui de prendre la mesure de ces réformes, de tenter d’évaluer leur impact sur les réalités arabes.
1) La réforme s’est largement manifestée sur le plan politique. Elle s’est signalée d’abord à travers les discours, la production institutionnelle, législative et réglementaire, mais aussi à travers une ouverture au niveau de la démarche adoptée au niveau du champs politique.
Au cours des années qui viennent de s’écouler, des réexamens ont été effectués, des dialogues ont été ouverts, notamment avec les oppositions, des instruments de régulation ont été réadaptés. Une plus au moins grande libéralisation a enveloppé les ères politiques du Maghreb : professions de foi démocratiques, mesures libérales diverses, alternances… Une certaine sortie du caractère répressif du vieil autoritarisme qui a prévalu au lendemain des indépendances a été entamée. Des méthodes plus libérales de traitement des mouvements de revendication et de protestation sociales ont été mises en œuvre. L’information est apparue plus élargie à l’ opinion publique. Une nouvelle politique de la communication a été développée au Maghreb comme ailleurs. Dans tous les cas, le temps de l’information unilatérale a été comme clôturé. Plusieurs régimes de la région se sont préoccupés des perceptions faites d’eux depuis l’extérieur, sur leurs réalités, en conséquence, l’image est souvent revue, retouchée, corrigée, même après des « faux pas », ou des bavures.
Les questions de politique interne à forte teneur autoritaire se sont quelque peu atténuées. Ce n’est pas un hasard si la question de la succession héréditaire a moins de chance de passer à l’heure actuelle en Libye. Les reports de ces dossiers sont en eux-mêmes significatifs
Mais paradoxalement, la capacité de supporter les pressions extérieures pour accomplir des réformes s’est renforcée. Il s’est passé comme une appropriation du thème de la réforme politique par les différents régimes autoritaire de la région. Cela se reflète non seulement sur les démarches des puissances au départ mues par le principe de l’ingérence démocratique, que sur les revendications internes. Au Maghreb aussi l’appropriation de la réforme à travers le débat ayant opposé les tenants de la réforme imposée de l’extérieur à ceux qui lui opposent la réforme de l’intérieur, la réforme progressive aux partisans d’une transition démocratique sans concession. La prise charge d’une démarche réformiste qui se démarque de ces différentes stratégies à permis aux autoritarisme et néo-autoritarismes de la région d’atténuer l’effet des pressions. La Tunisie est le plus souvent citée, mais les autres régimes sont plus ou moins concernés.
Cependant, plusieurs temporalités peuvent être distinguées concernant les réformes politiques entreprises dans le monde arabe :
-La temporalité de régimes qui ont relativement dilué l’autorité, fait émerger le libéralisme sans pourtant opérer de véritable passage de changement du régime : tels semblent être les cas du Maroc..
-Celle de régimes néo-autoritaristes qui compose avec une lutte ouverte entre leur autorité et des oppositions de force inégale. Au Maghreb, on ne retrouve pas cette situation illustrée ailleurs en particulier par l’Egypte où se meut encore une opposition non maîtrisée. Dans d’autres cas, comme dans les situations de l’Algérie, de la Tunisie, l’émergence de l’opposition peut être considérée comme autorisée, acceptée comme telle par les régimes en place, parfois sollicitée et acceptée, voire impulsée ou même « fabriquée » à cette fin.
L’Algérie peut être comparée à certains autoritarismes de la régions en lutte contre des mouvements armés comme au Sud du soudan, chez les Houtiyines du Yémen. Mais elle se distingue d’ une catégorie de régimes autoritaires plus fermés, qui commencent à peine à connaître des noyaux d’opposition, mais d’abord en termes de droits de l’homme
-La situation mauritanienne représente une exception, liée d’ ailleurs à la question de l’existence de l’Etat. La question se pose de savoir si l’Etat est réellement présent en dépit de l’organisation d’élections, l’existence de partis. Cependant en Mauritanie sommes-nous en présence d’un Etat ou d’une alliance tribalo-militaire ?
-D’autres régimes de la région ne semblent pas avoir inscrit la réforme politique sur leur agenda. Forte de la rente pétrolière, et à défaut de pouvoir mettre en place une véritable démocratie politique, cette autre variante de l’autoritarisme arabe s’oriente vers l’offre d’une démocratie de services, conjuguée à des rôles d’intermédiation dans les conflits de la région. L’Etat du bien-être autoritaire, représenté par La Libye..ne semble avoir, pour le moment du moins, que faire des réformes politiques.
2) Un autre niveau des réformes est représenté par les réformes institutionnelles.
Il se passe comme si à s’en tenir aux textes de référence, il s’agit de paysages démocratiques ordinaires comme pour le Maroc ou l’Algérie. Les textes constitutionnels du Maroc et de l’Algérie par exemple ont inscrit le principe de la séparation des pouvoirs, la liberté des partis politiques, la législation concernant les droits de l’homme, la liberté d’expression, l’interdiction de la torture, l’indépendance de la justice, etc..ainsi que l’établissent les rapports sur les deux pays. Mais les pratiques vont d’autres directions.
De ce point de vue, il s’est passé comme un déclassement de la réforme constitutionnelle, qui ne semble plus avoir la faveur des acteurs politiques de la région.
A l’inverse les Etats arabes se sont montrés très actifs sur le plan des réformes institutionnelles, avec la création de nouvelles institutions (conseils consultatifs, instances de régulation, commissions, organes de gestion..). Cette orientation a suscité chaque fois des lectures contradictoires :une première lecture ne cesse d’y voir un complot accusant les Etats de faire semblant de réformer en créant de nouvelles structures, vidant les institutions centrales (les pouvoirs des pères fondateurs de la démocratie moderne : le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, le pouvoir judicaire..) de leurs contenus, déjà au départ fort limités dans la carte de distribution des pouvoirs. Selon d’autres analyses, les nouvelles institutions visent à densifier la représentativité politique, à participer à une gestion des élites en situation d’attente. Une autre catégorie de démarches voit surtout dans la création de telles institutions une dimension fonctionnelle, technique, consistant à remplir des tâches, à combler des vides..
Un débat fort significatif oppose partisans des réformes à l’échelle macro aux tenants des réformes à des échelles micro, les réformes sectorielles, qui paraissent mieux répondre aux besoins fondamentaux des populations, comme si le vieux temps de la réforme était révolu et que désormais on préférait les réformes de terrain aux grands textes.
Il se passe aussi comme si au cours de cette étape, est apparue une pluralité d’acteurs dans l’ensemble des réformes de la région. Le temps de la réforme d’un seul côté, d’une seule partie, qu’il s’agisse de l’Etat ou d’un autre acteur, semble dépassé.
Les trajectoires des revendications de la réforme institutionnelle sont expressives à cet égard au Maroc, en Algérie, en Mauritanie..
Les cas de la Libye, et à un moindre degré celui de la Tunisie, semblent proche de ceux de la Syrie ou de l’Arabie Saoudite demeurent exceptionnels par la lenteur de l’affirmation leur réformisme sur le plan politique.
3) Quant à la réforme politique sous l’angle des droits de l’homme, elle semble avoir connu quelques évolutions significatives.
Concernant la problématique des droits de l’homme, le monde arabe semble avoir connu lors des dernières années diverses initiatives de différentes formes. Au cours des dernières années, des réconciliations au sein même de régimes autoritaires, selon un style qui peut être aussi bien un signe d’ouverture, libéral, ou autoritaire..
Les rapports relatifs aux deux pays maghrébins concernés par le rapport annuel, font état de la persistance de violations graves, comme la détention sans jugement, la pratique de la torture… On constate le renforcement des mouvements de droits, mais aussi la multiplication des interrogations à leur propos. Constituent-ils des mouvements nationaux ou internationaux, des éléments de politique interne ou le prolongement de démarches extérieures ?
L’aisance avec laquelle les autorités dans la région arabe recourent à la répression pour faire face aux luttes pour le respect et la promotion des autorités est remarquable au cours des dernières années, mais si le droit à titre de couverture, ou même par conviction est davantage invoqué. De même remarquable est restée sa tendance à invoquer vis-à-vis des défenseurs des droits et libertés la suspicion de dépendance de puissances étrangères hostiles, ou d’intelligence avec l’ennemi (takhabour) : ainsi en est-il dans des contextes différents au Maroc, en Algérie et en Tunisie.
L’une des expériences qui a semblé être allée le plus loin dans ce domaine est l’expérience marocaine, initialement produit d’une logique pure des droits de l’homme, elle a fini dans la phase actuelle par revêtir une dimension économique, sociale, situation de la femme, autre catégories à revaloriser. La lutte se concentre actuellement sur l’impunité, applicable d’ailleurs dans d’autres domaines que le domaine politique.
La réparation juridique, institutionnelle et politique des violations des droits est aujourd’hui concurrencée par la demande de réparation économique, sociale et culturelle en faveur non seulement des individus, mais aussi des collectivités. La première approche n’a pas disparu complètement pour autant. De nouvelles vagues de détention, en particulier celles des islamistes de toute obédience, sont venues alimenter ce vieux champ de lutte…
Dans la configuration de la nouvelle militance de la lutte pour les droits de l’homme, l’orientation actuelle des revendications est d’exiger non seulement la réforme des institutions et des comportements des élites, mais celle de la société..Cela n’a pas pu faire taire pour autant les organisations locales des droits de l’homme, et transformé leur action en mouvements de protestation continus. La problématique de la réparation s’est mise à concerner la société dans son ensemble.
4) Au regard de la réforme des lois encadrant le champ politique, deux types de grandes expériences ont concerné différents pays arabes : plusieurs pays ont connu une réforme de la loi sur les élections, et de la loi sur les partis politiques
Concernant la loi sur les élections, une grande distance semble séparer encore la loi de la réalité politique, alors même que les conditions du politique paraissent avoir changé. Au Maroc, on a observé le repli de l’Etat au moment du déroulement des élections, préférant les positions de l’observation et de la régulation à l’interventionnisme de rigueur dans l’ancienne phase. Le champ est désormais occupé par des forces sociales hégémoniques.
Différentes expériences maghrébines, par exemple la marocaine et l’algérienne.. montrent que le problème de la tendance à la départicipation n’a pas été résolu. La non participation est même devenue la préoccupation majeure des gouvernements en temps d’élections, en raison de la crainte inspiré par la vacuité de larges zones en termes de représentativité politique, et en termes de légitimité des régimes. Paradoxalement, la participation a dévoilé ces tendances qui attestent que l’Etat préoccupé de mobiliser fait montre d’une grande instabilité.
Le niveau de conscience de la société a changé. L’inefficacité des comportements, l’urgence des besoins, ont transformé les convictions idéologiques, les projets, les plaidoyers des acteurs, qu’il s’agisse des élites économiques, sociales, historiques, ou même politiques. Une démarche de clientélisation de l’électorat prévaut. Les choix se font désormais sur la base de l’utilité
En dépit des tentatives désespérées de mobilisation, il est de grandes difficultés à dégager des majorités gouvernantes et des minorités oppositionnelles dans la situation marocaine. Beaucoup de réalités arabes sont marquées par de situations où il est difficile de dégager véritablement une majorité et une minorité, permettant de mettre en place un gouvernement responsable.
Notons aussi que les problèmes de la réforme politique tiennent moins à l’obstruction de la représentativité qu’à d’autres facteurs. La suspension de présidents de conseils locaux mentionnée dans le rapport marocain a été décidée non pas dans le but d’entraver le fonctionnement démocratique des institutions locales, mais sur la base d’un contrôle administratif de la gestion.
Concernant les lois sur les partis, celle élaborées dans plusieurs pays arabes au cours des quatre dernières années, au lieu de refléter l’échantillon des partis réellement existant, elles ont glissé vers la confection de lois qui tentent de fabriquer un paysage politique nouveau. La réforme des processus électoraux, ont permis de déployer des démarches marquées par un certain volontarisme transformiste. On a assisté à des essais de refaçonnement du paysage politique, le désir de résorber des partis, ou de les dissoudre, de créer des pôles en nombre réduit, etc.. Cette industrie des partis a suscité bien des résistances de la part des partis eux-mêmes, en particulier de ceux dont l’histoire remonte à avant l’apparition de ce type de réformes..
Les effets limités de ces tentatives elles-mêmes ont poussé dans certains Etats à créer de nouveaux partis. Une génération de nouveaux partis porteur de thèses à la limite de la culture démocratique du fait de leur unilatéralité. On reléve la tendance à sortir des problémes de vmobilisation et de représentation par l’adoption d’une formule de grands regroupements démocratiques, de grands blocs historiques, tels le Mouvement de Tous les Démocrates, l’alliance majoritaire en Algérie, le Parti hégémonique en Tunisie..
Les sociétés arabes marquent un changement d’attitudes vis-à-vis des réformes politiques. Ils paraissent bien plus attentifs à la satisfaction des besoins économiques et sociaux. Alors qu’il semble à l’heure actuelle prématuré d’évaluer l’impact des réformes qui débordent le champ politique et revêtent des contenus sociaux (réformes du code de la famille, réformes liées à la situation de la femme, emploi, réformes à caractère économique, chantiers divers, etc..), les actions et les mouvements de protestation contre la marginalisation et l’efficacité des gouvernements semblent se renforcer.
Il est significatif que dans les deux pays susmentionnés les dépenses en matière de sécurité dépassent les dépenses en matière de services sociaux.
On relève dans la phase actuelle une certaine intensification et radicalisation du mouvement social au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Mauritanie.. La presse espagnole a fait état de quelques centaines de mouvements de protestation en Espagne en 2008. Dans le reste du Maghreb le mouvement social a été aussi soutenu. Les protestations semblent orientées contre le travail des gouvernements, à travers ses politiques publiques, ses lois et règlements, sa gestion de la vie quotidienne des populations, avec un effondrement des outils d’intermédiation. Dans le même temps on observe que plus il y a des réformes, plus profondément se creuse le fossé entre l’action publique et les revendications sociales.
Au cours des quelques dernières années, le monde arabe a connu une vague de réformes, de différentes natures, d’envergure variable, et dans divers secteurs de la vie politique. Elles ont concerné aussi bien la dimension politique, institutionnelle, les règles du jeu politique, la configuration du paysage politique, les acteurs politiques, les processus électoraux..
Il s’impose aujourd’hui de prendre la mesure de ces réformes, de tenter d’évaluer leur impact sur les réalités arabes.
1) La réforme s’est largement manifestée sur le plan politique. Elle s’est signalée d’abord à travers les discours, la production institutionnelle, législative et réglementaire, mais aussi à travers une ouverture au niveau de la démarche adoptée au niveau du champs politique.
Au cours des années qui viennent de s’écouler, des réexamens ont été effectués, des dialogues ont été ouverts, notamment avec les oppositions, des instruments de régulation ont été réadaptés. Une plus au moins grande libéralisation a enveloppé les ères politiques du Maghreb : professions de foi démocratiques, mesures libérales diverses, alternances… Une certaine sortie du caractère répressif du vieil autoritarisme qui a prévalu au lendemain des indépendances a été entamée. Des méthodes plus libérales de traitement des mouvements de revendication et de protestation sociales ont été mises en œuvre. L’information est apparue plus élargie à l’ opinion publique. Une nouvelle politique de la communication a été développée au Maghreb comme ailleurs. Dans tous les cas, le temps de l’information unilatérale a été comme clôturé. Plusieurs régimes de la région se sont préoccupés des perceptions faites d’eux depuis l’extérieur, sur leurs réalités, en conséquence, l’image est souvent revue, retouchée, corrigée, même après des « faux pas », ou des bavures.
Les questions de politique interne à forte teneur autoritaire se sont quelque peu atténuées. Ce n’est pas un hasard si la question de la succession héréditaire a moins de chance de passer à l’heure actuelle en Libye. Les reports de ces dossiers sont en eux-mêmes significatifs
Mais paradoxalement, la capacité de supporter les pressions extérieures pour accomplir des réformes s’est renforcée. Il s’est passé comme une appropriation du thème de la réforme politique par les différents régimes autoritaire de la région. Cela se reflète non seulement sur les démarches des puissances au départ mues par le principe de l’ingérence démocratique, que sur les revendications internes. Au Maghreb aussi l’appropriation de la réforme à travers le débat ayant opposé les tenants de la réforme imposée de l’extérieur à ceux qui lui opposent la réforme de l’intérieur, la réforme progressive aux partisans d’une transition démocratique sans concession. La prise charge d’une démarche réformiste qui se démarque de ces différentes stratégies à permis aux autoritarisme et néo-autoritarismes de la région d’atténuer l’effet des pressions. La Tunisie est le plus souvent citée, mais les autres régimes sont plus ou moins concernés.
Cependant, plusieurs temporalités peuvent être distinguées concernant les réformes politiques entreprises dans le monde arabe :
-La temporalité de régimes qui ont relativement dilué l’autorité, fait émerger le libéralisme sans pourtant opérer de véritable passage de changement du régime : tels semblent être les cas du Maroc..
-Celle de régimes néo-autoritaristes qui compose avec une lutte ouverte entre leur autorité et des oppositions de force inégale. Au Maghreb, on ne retrouve pas cette situation illustrée ailleurs en particulier par l’Egypte où se meut encore une opposition non maîtrisée. Dans d’autres cas, comme dans les situations de l’Algérie, de la Tunisie, l’émergence de l’opposition peut être considérée comme autorisée, acceptée comme telle par les régimes en place, parfois sollicitée et acceptée, voire impulsée ou même « fabriquée » à cette fin.
L’Algérie peut être comparée à certains autoritarismes de la régions en lutte contre des mouvements armés comme au Sud du soudan, chez les Houtiyines du Yémen. Mais elle se distingue d’ une catégorie de régimes autoritaires plus fermés, qui commencent à peine à connaître des noyaux d’opposition, mais d’abord en termes de droits de l’homme
-La situation mauritanienne représente une exception, liée d’ ailleurs à la question de l’existence de l’Etat. La question se pose de savoir si l’Etat est réellement présent en dépit de l’organisation d’élections, l’existence de partis. Cependant en Mauritanie sommes-nous en présence d’un Etat ou d’une alliance tribalo-militaire ?
-D’autres régimes de la région ne semblent pas avoir inscrit la réforme politique sur leur agenda. Forte de la rente pétrolière, et à défaut de pouvoir mettre en place une véritable démocratie politique, cette autre variante de l’autoritarisme arabe s’oriente vers l’offre d’une démocratie de services, conjuguée à des rôles d’intermédiation dans les conflits de la région. L’Etat du bien-être autoritaire, représenté par La Libye..ne semble avoir, pour le moment du moins, que faire des réformes politiques.
2) Un autre niveau des réformes est représenté par les réformes institutionnelles.
Il se passe comme si à s’en tenir aux textes de référence, il s’agit de paysages démocratiques ordinaires comme pour le Maroc ou l’Algérie. Les textes constitutionnels du Maroc et de l’Algérie par exemple ont inscrit le principe de la séparation des pouvoirs, la liberté des partis politiques, la législation concernant les droits de l’homme, la liberté d’expression, l’interdiction de la torture, l’indépendance de la justice, etc..ainsi que l’établissent les rapports sur les deux pays. Mais les pratiques vont d’autres directions.
De ce point de vue, il s’est passé comme un déclassement de la réforme constitutionnelle, qui ne semble plus avoir la faveur des acteurs politiques de la région.
A l’inverse les Etats arabes se sont montrés très actifs sur le plan des réformes institutionnelles, avec la création de nouvelles institutions (conseils consultatifs, instances de régulation, commissions, organes de gestion..). Cette orientation a suscité chaque fois des lectures contradictoires :une première lecture ne cesse d’y voir un complot accusant les Etats de faire semblant de réformer en créant de nouvelles structures, vidant les institutions centrales (les pouvoirs des pères fondateurs de la démocratie moderne : le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, le pouvoir judicaire..) de leurs contenus, déjà au départ fort limités dans la carte de distribution des pouvoirs. Selon d’autres analyses, les nouvelles institutions visent à densifier la représentativité politique, à participer à une gestion des élites en situation d’attente. Une autre catégorie de démarches voit surtout dans la création de telles institutions une dimension fonctionnelle, technique, consistant à remplir des tâches, à combler des vides..
Un débat fort significatif oppose partisans des réformes à l’échelle macro aux tenants des réformes à des échelles micro, les réformes sectorielles, qui paraissent mieux répondre aux besoins fondamentaux des populations, comme si le vieux temps de la réforme était révolu et que désormais on préférait les réformes de terrain aux grands textes.
Il se passe aussi comme si au cours de cette étape, est apparue une pluralité d’acteurs dans l’ensemble des réformes de la région. Le temps de la réforme d’un seul côté, d’une seule partie, qu’il s’agisse de l’Etat ou d’un autre acteur, semble dépassé.
Les trajectoires des revendications de la réforme institutionnelle sont expressives à cet égard au Maroc, en Algérie, en Mauritanie..
Les cas de la Libye, et à un moindre degré celui de la Tunisie, semblent proche de ceux de la Syrie ou de l’Arabie Saoudite demeurent exceptionnels par la lenteur de l’affirmation leur réformisme sur le plan politique.
3) Quant à la réforme politique sous l’angle des droits de l’homme, elle semble avoir connu quelques évolutions significatives.
Concernant la problématique des droits de l’homme, le monde arabe semble avoir connu lors des dernières années diverses initiatives de différentes formes. Au cours des dernières années, des réconciliations au sein même de régimes autoritaires, selon un style qui peut être aussi bien un signe d’ouverture, libéral, ou autoritaire..
Les rapports relatifs aux deux pays maghrébins concernés par le rapport annuel, font état de la persistance de violations graves, comme la détention sans jugement, la pratique de la torture… On constate le renforcement des mouvements de droits, mais aussi la multiplication des interrogations à leur propos. Constituent-ils des mouvements nationaux ou internationaux, des éléments de politique interne ou le prolongement de démarches extérieures ?
L’aisance avec laquelle les autorités dans la région arabe recourent à la répression pour faire face aux luttes pour le respect et la promotion des autorités est remarquable au cours des dernières années, mais si le droit à titre de couverture, ou même par conviction est davantage invoqué. De même remarquable est restée sa tendance à invoquer vis-à-vis des défenseurs des droits et libertés la suspicion de dépendance de puissances étrangères hostiles, ou d’intelligence avec l’ennemi (takhabour) : ainsi en est-il dans des contextes différents au Maroc, en Algérie et en Tunisie.
L’une des expériences qui a semblé être allée le plus loin dans ce domaine est l’expérience marocaine, initialement produit d’une logique pure des droits de l’homme, elle a fini dans la phase actuelle par revêtir une dimension économique, sociale, situation de la femme, autre catégories à revaloriser. La lutte se concentre actuellement sur l’impunité, applicable d’ailleurs dans d’autres domaines que le domaine politique.
La réparation juridique, institutionnelle et politique des violations des droits est aujourd’hui concurrencée par la demande de réparation économique, sociale et culturelle en faveur non seulement des individus, mais aussi des collectivités. La première approche n’a pas disparu complètement pour autant. De nouvelles vagues de détention, en particulier celles des islamistes de toute obédience, sont venues alimenter ce vieux champ de lutte…
Dans la configuration de la nouvelle militance de la lutte pour les droits de l’homme, l’orientation actuelle des revendications est d’exiger non seulement la réforme des institutions et des comportements des élites, mais celle de la société..Cela n’a pas pu faire taire pour autant les organisations locales des droits de l’homme, et transformé leur action en mouvements de protestation continus. La problématique de la réparation s’est mise à concerner la société dans son ensemble.
4) Au regard de la réforme des lois encadrant le champ politique, deux types de grandes expériences ont concerné différents pays arabes : plusieurs pays ont connu une réforme de la loi sur les élections, et de la loi sur les partis politiques
Concernant la loi sur les élections, une grande distance semble séparer encore la loi de la réalité politique, alors même que les conditions du politique paraissent avoir changé. Au Maroc, on a observé le repli de l’Etat au moment du déroulement des élections, préférant les positions de l’observation et de la régulation à l’interventionnisme de rigueur dans l’ancienne phase. Le champ est désormais occupé par des forces sociales hégémoniques.
Différentes expériences maghrébines, par exemple la marocaine et l’algérienne.. montrent que le problème de la tendance à la départicipation n’a pas été résolu. La non participation est même devenue la préoccupation majeure des gouvernements en temps d’élections, en raison de la crainte inspiré par la vacuité de larges zones en termes de représentativité politique, et en termes de légitimité des régimes. Paradoxalement, la participation a dévoilé ces tendances qui attestent que l’Etat préoccupé de mobiliser fait montre d’une grande instabilité.
Le niveau de conscience de la société a changé. L’inefficacité des comportements, l’urgence des besoins, ont transformé les convictions idéologiques, les projets, les plaidoyers des acteurs, qu’il s’agisse des élites économiques, sociales, historiques, ou même politiques. Une démarche de clientélisation de l’électorat prévaut. Les choix se font désormais sur la base de l’utilité
En dépit des tentatives désespérées de mobilisation, il est de grandes difficultés à dégager des majorités gouvernantes et des minorités oppositionnelles dans la situation marocaine. Beaucoup de réalités arabes sont marquées par de situations où il est difficile de dégager véritablement une majorité et une minorité, permettant de mettre en place un gouvernement responsable.
Notons aussi que les problèmes de la réforme politique tiennent moins à l’obstruction de la représentativité qu’à d’autres facteurs. La suspension de présidents de conseils locaux mentionnée dans le rapport marocain a été décidée non pas dans le but d’entraver le fonctionnement démocratique des institutions locales, mais sur la base d’un contrôle administratif de la gestion.
Concernant les lois sur les partis, celle élaborées dans plusieurs pays arabes au cours des quatre dernières années, au lieu de refléter l’échantillon des partis réellement existant, elles ont glissé vers la confection de lois qui tentent de fabriquer un paysage politique nouveau. La réforme des processus électoraux, ont permis de déployer des démarches marquées par un certain volontarisme transformiste. On a assisté à des essais de refaçonnement du paysage politique, le désir de résorber des partis, ou de les dissoudre, de créer des pôles en nombre réduit, etc.. Cette industrie des partis a suscité bien des résistances de la part des partis eux-mêmes, en particulier de ceux dont l’histoire remonte à avant l’apparition de ce type de réformes..
Les effets limités de ces tentatives elles-mêmes ont poussé dans certains Etats à créer de nouveaux partis. Une génération de nouveaux partis porteur de thèses à la limite de la culture démocratique du fait de leur unilatéralité. On reléve la tendance à sortir des problémes de vmobilisation et de représentation par l’adoption d’une formule de grands regroupements démocratiques, de grands blocs historiques, tels le Mouvement de Tous les Démocrates, l’alliance majoritaire en Algérie, le Parti hégémonique en Tunisie..
Les sociétés arabes marquent un changement d’attitudes vis-à-vis des réformes politiques. Ils paraissent bien plus attentifs à la satisfaction des besoins économiques et sociaux. Alors qu’il semble à l’heure actuelle prématuré d’évaluer l’impact des réformes qui débordent le champ politique et revêtent des contenus sociaux (réformes du code de la famille, réformes liées à la situation de la femme, emploi, réformes à caractère économique, chantiers divers, etc..), les actions et les mouvements de protestation contre la marginalisation et l’efficacité des gouvernements semblent se renforcer.
Il est significatif que dans les deux pays susmentionnés les dépenses en matière de sécurité dépassent les dépenses en matière de services sociaux.
On relève dans la phase actuelle une certaine intensification et radicalisation du mouvement social au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Mauritanie.. La presse espagnole a fait état de quelques centaines de mouvements de protestation en Espagne en 2008. Dans le reste du Maghreb le mouvement social a été aussi soutenu. Les protestations semblent orientées contre le travail des gouvernements, à travers ses politiques publiques, ses lois et règlements, sa gestion de la vie quotidienne des populations, avec un effondrement des outils d’intermédiation. Dans le même temps on observe que plus il y a des réformes, plus profondément se creuse le fossé entre l’action publique et les revendications sociales.
On relève dans la phase actuelle une certaine intensification et radicalisation du mouvement social au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Mauritanie.. La presse espagnole a fait état de quelques centaines de mouvements de protestation en Espagne en 2008. Dans le reste du Maghreb le mouvement social a été aussi soutenu. Les protestations semblent orientées contre le travail des gouvernements, à travers ses politiques publiques, ses lois et règlements, sa gestion de la vie quotidienne des populations, avec un effondrement des outils d’intermédiation. Dans le même temps on observe que plus il y a des réformes, plus profondément se creuse le fossé entre l’action publique et les revendications sociales.
Soyez le premier à commenter